Les biberons au BPA vivent peut-être leurs dernières heures. Dodie, Avent et d'autres fabricants américains de biberons renoncent à la vente des produits contenant du Bisphénol A, un composé chimique issu de la réaction entre deux équivalents de phénol et un équivalent d'acétone que des études ont lié à des problèmes de développement du cerveau des nouveau-nés.
Richard Blumenthal, ministre de la justice (Attorney General) de l'Etat américain du Connecticut, a annoncé jeudi que six gros fabriquant renonçaient à la vente produits contenant du Bisphénol A. Certains fabricants de biberons comme Dodie et Avent du groupe Philips fabriquent désormais leurs biberons sans BPA mais ils sont commercialisés plus chers.
Le Bisphénol A est présent dans des biberons, récipients plastiques pour micro-onde, petit électro-ménager de cuisine, revêtement des boîtes de conserve, bouteilles d’eau réutilisables et des cannettes. On le trouve notamment dans les plastiques identifiés par un code de recyclage n°7 (PC).
Le Réseau Environnement Santé (RES) informe les Français sur les risques sanitaires du bisphénol A (BPA) et demande aux pouvoirs publics d'interdire ce produit.
L’usage du plastique est intrinsèquement lié à notre mode de vie moderne. De plus en plus d’études font le lien direct entre un des principaux composants du plastique incassable, transparent – le BPA ou Bisphénol A – et un nombre impressionnant de maladies. Le BPA agit comme un perturbateur endocrinien et est impliqué dans des affections aussi variées que les problèmes de reproduction, l’obésité, les cancers du sein et de la prostate, le diabète, les dysfonctionnements thyroïdiens et les problèmes d’attention chez les enfants.
La plupart des plastiques transparents et incassables utilisés dans les biberons, les récipients à usage alimentaires, le petitélectroménager de cuisine, les bouteilles d’eau en plastique rigide sont faits à partir de plastique qui contient du BPA. Le BPA est aussi utilisé pour les boites de conserve et les canettes de boisson (soda et bière). Or des traces de BPA ont été retrouvées dans les aliments en contact avec ces emballages plastiques.
Le Bisphénol A dans les plastiques nous rend-il malade ? Bisphénol[1] A et Santé
Le système hormonal - endocrinien : un système de régulation sensible et essentiel au corps humain. Le système endocrinien du corps humain est un réseau complexe de glandes, hormones et de récepteurs qui régule soigneusement les différentes fonctions du corps, incluant notre métabolisme, notre système immunitaire, notre comportement, notre croissance et notre développement depuis l’enfance.
Ce réseau très finement équilibré est impliqué dans les processus de développement des cellules et des organes, entre autres des organes sexuels. Les hormones également régulent notre capacité de réagir à la maladie et influencent même notre comportement et nos relations avec les autres (par ex : le lien mère-enfant).
Le système endocrinien fonctionne comme un système d’émission et de réception des messages : les glandes sécrètent des hormones qui agissent comme des messages chimiques transportés par les vaisseaux sanguins. Les messages chimiques sont reçus par des récepteurs qui détectent et réagissent à des hormones spécifiques au sein de tissus et de cellules particulières. Ce mécanisme fonctionne sur le même principe qu’un cadenas et une clé. Sous certaines conditions, de petites quantités de substances chimiques agissant comme des messages au sein du système endocrinien peuvent perturber tout le système. On dit alors que ces substances chimiques agissent comme des perturbateurs endocriniens.Cela peut être le cas durant la grossesse, la petite enfance et toutes les phases clés du développement du système reproducteur.
Ainsi, alors qu’à un certain niveau de concentration, les substances qui agissent comme des perturbateurs endocriniens ne causent pas de dommage chez les adultes, au même niveau de concentration, ces substances peuvent induirechez les jeunes enfants des effets irrémédiables sur le fonctionnement de leurs organes.
Comment le BPA peut-il vous nuire ?
Problèmes de reproduction, obésité, cancer, diabète, dysfonctionnements thyroïdiens et syndrome du déficit d’attention chez les enfants
Les études scientifiques montrent de plus en plus que le BPA est un perturbateur endocrinien prouvé et reconnu[2]. En 2007, une étude scientifique montrait le lien entre l’exposition du BPA et une augmentation du risque de cancer du système hématopoietique (par ex : affection de la moelle épinière, des amygdales, de la rate et du système lymphatique à l’origine de la production du sang), et une augmentation notable de cellules cancéreuses des testicules, et une altération du nombre de chromosomes dans certains tissus et cellules (amenant potentiellement à des mutations et finalement à des cancers). De plus, l’exposition en bas âge peut induire ou prédisposer à un accroissement du risque de cancer du sein. L’exposition au BPA au stade foetal ou en bas âge peut augmenter une prédisposition aux cancers en affectant la programmation génétique du développement des individus.
La capacité du BPA d’imiter ou d’affecter les oestrogènes (hormone féminine clé) est bien documenté mais les effets du BPA ne se limitent pas à l’inhibition de l’oestrogène. Le BPA a également un grand nombre d’autres impacts directs. Ces autres impacts incluent entre autres : les effets sur la régulation du système androgène (qui régule la croissance, le développement et le fonctionnement du système reproductif masculin), perturbation du fonctionnement hormonal de la thyroïde, diverses influences sur le développement et le fonctionnement du système nerveux central et potentiellement négatives sur le système immunitaire. De plus, des études récentes ont montré que le BPA peut interférer avec le système d’expression des gênes (activés ou désactivés) et ont également montré qu’une exposition à petite dose de BPA durant la grossesse peut avoir des conséquences sur plusieurs générations, en augmentant la probabilité de petits-enfants avec des anomalies chromosomiques (Susiarjo et al 2007). Chez les humains, les anomalies chromosomiques peuvent provoquer fausses couches, décès des nouveaux-nés ou encore les syndromes de Down et Turner.
Il est désormais évident et indiscutable que le BPA a des effets nuisibles sur la santé humaine, même à faible dose.
Mais comment le BPA peut-il migrer des aliments vers notre système sanguin ? La compréhension des effets toxiques des substances chimiques fait l’objet d’une véritable révolution.
Un des arguments clés de l’industrie chimique et des plastiques ainsi que de certains gouvernements est que la quantité de BPA ingéré par chacun d’entre nous est beaucoup trop faible pour nous inquiéter. C’est l’adage traditionnel : plus la quantité est importante, plus le danger augmente.
Cependant, la recherche sur les perturbateurs endocriniens remet radicalement en question cette façon de penser en termes toxicologiques. Les nouvelles avancées sur la compréhension des interactions hormonales à de très faibles concentrations rendent obsolète l’adage « la dose qui fait le poison » dans un contexte nouveau et beaucoup plus sophistiqué. Les perturbateurs endocriniens tels que le BPA peuvent interférer avec le système hormonal (en agissant de la même façon que des hormones humaines) à des niveaux de concentration beaucoup plus faible que ceux constatés dans le cas des autres substances chimiques toxiques[3]. Parfois une petite dose peut être aussi voire plus dangereuse qu’une grande quantité de substance (c’est ce qu’on appelle l’effet à « faible dose »). L’industrie et de nombreux gouvernements réfutent toujours l’effet à « faible dose » or les preuves scientifiques de son existence ne cessent d’être trouvées, que ce soit pour le BPA ou d’autres substances chimiques.
Par ailleurs, le niveau et la nature du danger que peut causer la substance chimique dépendent de la période et de la durée d’exposition.
De plus, plusieurs substances chimiques de nature différente qui se mélangent dans le corps humain, peuvent agir de façon additive ou synegique. Ces substances peuvent alors engendrer des effets nocifs qu’elles n’auraient pas entraîner à des niveaux de concentration faible et en agissant seules. C’est ce qu’on appelle « l’effet cocktail ».
Références :
[1] Pour + de détails sur le BPA, consultez le rapport des Amis de la Terre Europe : De l’inconscience à la prise de responsabilités des pouvoirs publics
http:/ /www.foeeurope.org/safer_chem...
[2] Chapell Hill Bisphenol A Expert Consensus Statement 2007 in Reproductive Toxicology 24 : 131-138, 38 experts scientifiques du BPA connus à travers le monde ont prévenu les hommes politiques des effets nocifs potentiels d’une exposition généralisée à cette substance
[3] Depuis les années 1980, les scientifiques ont pu mesurer les concentrations d’une substance chimique en part par trillion (1012), soit l’équivalent d’un grain de sable dans une piscine olympique de 50 x 25m



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