Alors que les effets sur la santé des téléphones portables reviennent régulièrement au devant de l'actualité, l'Institut National du Cancer publie une revue bibliographique faisant le point sur les résultats des études récentes et des études en cours.
Quelles sont les ondes utilisées pour le téléphone portable ?
Au début des années 1980, les systèmes de téléphonie mobile ne s'appuyaient pas encore sur une technologie numérique : ils étaient de nature "analogique" et faisaient appel à des fréquences de 400 ou 900 MHz*. Apparu au début des années 1990, les systèmes numériques, dominent actuellement le marché des télécommunications. D'abord a été développé en Europe le système GSM qui utilise la fréquence de 900 MHz, puis en 1997 le système DCS qui utilise la fréquence de 1800 MHz. Au cours des dernières années ont été développés des téléphones et des réseaux "bibandes" utilisant indifféremment les fréquences de 900 et 1 800 MHz. Les dernières générations de téléphones portables (3G ou UMTS -Universal Mobile Telecommunication System) font appel à des champs de radiofréquence de 1 900 et 2100 MHz. Ces ondes se différencient de celles utilisées dans les fours à micro-ondes (de fréquence un peu plus élevée 2450 MHz, ces dernières ont pour effet majeur le réchauffement des molécules d'eau) uniquement en raison du fait que leur puissance est considérablement plus élevée.
Depuis leur apparition, les évolutions technologiques des téléphones portables ont permis une réduction du niveau des expositions des utilisateurs, notamment grâce à une diminution de la puissance maximale des téléphones et à un meilleur contrôle de la puissance nécessaire au bon fonctionnement des appareils au cours des appels.
* 1 MHz (méga Hertz) correspond à un million d'oscillations par seconde.
Est-ce que ces ondes sont nocives ?
A des niveaux très élevés, les champs de radiofréquence sont susceptibles de provoquer des effets thermiques (dus à l'échauffement). Ayant une puissance faible, les champs émis par les téléphones mobiles, comme par bien d'autres sources telles que leurs antennes relais ou les émetteurs de radiodiffusion, ne permettent pas d'observer d'effets thermiques, que ce soit dans des études sur des cellules en culture ou sur des animaux. Ces champs sont également trop faibles pour provoquer, sur l'ADN des cellules, des mutations associées à un risque de cancer. A l'heure actuelle, on ne connaît pas les mécanismes par lesquels ces champs seraient susceptibles d'engendrer des effets biologiques. Ce qui, bien sûr, ne signifie pas qu'ils n'existent pas. Quoi qu'il en soit, de nombreuses expérimentations chez l'animal n'ont pas permis de mettre en évidence d'effets cancérigènes.
Est-ce que l'on sait si le téléphone portable expose à certains cancers ?
En l'état actuel des connaissances, la communauté scientifique n'a pas établi un lien entre l'utilisation de téléphones portables et un risque accru de cancer. De nombreuses études ont été publiées, mais leurs résultats sont pour l'instant débattus et contradictoires. Cette situation est inhérente au sujet : la faiblesse de l'effet potentiel, la difficulté de caractériser le lien entre l'exposition et la longue durée de développement d'un éventuel cancer rendent les études épidémiologiques particulièrement difficiles à mener. Le Centre international de recherche sur le cancer, dépendant de l'Organisation mondiale de la santé, a lancé en 1999 une vaste étude de ce type dans 13 pays. Connue sous le nom d'INTERPHONE, elle devrait voir ses résultats globaux publiés au cours de l'année 2008. Plusieurs résultats partiels ont été publiés en France, en Scandinavie, en Allemagne et en Israël : ils identifient soit un risque faible, soit l'absence de risque. En attendant, le doute prévaut et les autorités sanitaires recommandent d'adopter une approche de précaution.
Est-ce que les enfants seraient plus sensibles aux radiofréquences ?
Si des effets sanitaires étaient mis en évidence, les enfants pourraient être plus sensibles: leur crâne est de plus faible dimension que celui des adultes et leur organisme est en cours de développement. De plus, arrivés à l'âge adulte, ils auront été exposés plus longtemps aux champs émis par les téléphones portables. Les parents d'enfants ou d'adolescents disposant d'un téléphone mobile devraient donc les encourager à un usage modéré du téléphone mobile, qui devrait être réservé aux appels essentiels, et veiller à les informer sur les moyens permettant de réduire leur exposition, comme l'utilisation d'écouteurs.
Quelles sont les précautions et recommandations concernant l'utilisation du téléphone portable ?
Ne pas téléphoner en conduisant : des études épidémiologiques ont en effet mis en évidence que l'utilisation d'un téléphone mobile au volant, avec ou sans kit mains libres, augmentait considérablement le risque d'accidents causés par la distraction du conducteur. Cette augmentation du risque est comparable à celle induite par un taux d'alcoolémie élevée.
Eloigner le téléphone mobile des zones sensibles du corps: zones génitales chez les adolescents, périombilicales chez les femmes enceintes. Pour limiter l'exposition de la tête, un kit piéton ou une oreillette Bluetooth peuvent être utiles.
Etre vigilant dans les zones de mauvaise réception : pour maintenir constante la qualité de transmission, le téléphone ajuste automatiquement sa puissance d'émission et donc le niveau d'exposition.
Eviter de téléphoner en se déplaçant : lorsqu'on se déplace, le téléphone mobile entre successivement en relation avec différentes stations de base. A chaque fois qu'il doit rechercher un nouveau relais, il élève sa puissance au niveau maximal.
Enfin, utiliser le téléphone mobile avec discernement : éviter les conversations inutiles ou trop longues, car une communication prolongée augmente la durée de l'exposition aux radiofréquences.
Que font les pouvoirs publics sur ce sujet ?
Les actions engagées depuis plusieurs années par les pouvoirs publics, notamment le ministère de la santé, de la jeunesse et des sports, ont trois objectifs :
Soutenir les études et recherches sur les effets sanitaires des radiofréquences, notamment en s'impliquant dans la réalisation par l'organisation mondiale de la santé (OMS) d'une synthèse de l'ensemble des résultats de ces études afin d'en tirer des conclusions scientifiquement validées (étude dite Interphone), en demandant à l'agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail (AFSSET) de réaliser une mise à jour de son expertise sur les risques liés à l'exposition aux radiofréquences tenant compte des différentes études parues sur le sujet, tant en matière d'exposition que d'impact sanitaire, et en participant au fonctionnement de la fondation « Santé et radiofréquences » tout en soutenant des actions telles que le 4ème appel à projets promouvant la recherche sur les risques pour les enfants et les effets à long terme ;
Renforcer la réglementation afin d'assurer la transparence et le contrôle des expositions ;
Mieux informer la population et les collectivités locales sur les effets sanitaires des champs électromagnétiques et les niveaux d'exposition.
Institut National du cancer



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