Des chercheurs de l'Institut Pasteur ont publié une étude sur la revue AIDS expliquant comment un simple pèse-personne pourrait améliorerait le suivi des patients atteints de VIH et qui sont sous antirétroviraux (ARV). Une solution recommandée pour les pays en voie de développement.
L'accès aux tests de laboratoire étant limité dans les pays en voie de développement, la prise de poids pourrait nettement améliorer la prise en charge des personnes infectées par le VIH et qui sont sous traitement antirétroviral. C'est ce quepropose une étude française publiée dans la revue médicale AIDS. Cette étude a été menée par des chercheurs de l'Institut Pasteur en France, en collaboration avec Médecins Sans Frontières (MSF).
Etant dans le contexte de l'élargissement de l'accès aux antirétroviraux dans le monde, il apparaît crucial de mettre en place de nouvelles méthodes faciles, peu coûteuses, et réellement utiles au suivi des patients traités.
Dans les pays pauvres, le problème qui se pose aujourd'hui est de savoir comment gérer le nécessaire suivi des nombreux patients séropositifs sous antirétroviraux. Dans certaines zones du monde, le remplacement des médecins par des infirmiers ou des aide-soignants pour cette surveillance s’est révélé globalement positif, mais nécessite un suivi relativement simplifié et standardisé des patients.
L’accès aux tests de laboratoire étant limité dans des pays en développement, il est important d’identifier de nouveaux outils simples pour évaluer la progression du Sida. Le gain ou la perte de poids est certainement un outil potentiel, car facilement quantifiable et à moindre prix.
L'étude de cohorte, menée par Dr. Yoann Madec dans l’unité d’Epidémiologie des maladies émergentes et qui a été dirigée par Dr. Arnaud Fontanet à l’Institut Pasteur en France, a porté sur 2 541 Cambodgiens et 2 618 Kenyans infectés par du VIH, ayant entamé un traitement antirétroviral (ARV). Tous ces patients étaient inclus dans des programmes de MSF (Médecins Sans Frontières) basés à Homa Bay, au Kenya et à Pnomh Penh, au Cambodge. Ils ont été suivis deux ans et demi, en moyenne.
L’objectif de l'étude était d’identifier les facteurs associés au gain de poids observé chez les patients, et d’évaluer ensuite la valeur pronostique du gain de poids sur la mortalité, ce qui permettrait de définir s’il peut objectivement être utilisé comme outil de suivi chez les patients sous antirétroviraux (ARV).
L’étude a démontré que, chez les patients sous ARV atteints de malnutrition, le gain de poids est fortement lié à la survie des patients : 3 mois après le début du traitement, les patients ayant un gain de poids inférieur ou égal à 5% présentent six fois plus de risque de mourir dans les trois mois suivants qu’un patient dont le gain de poids dépasserait les 10% ; et ceux qui ont un gain de poids inférieur ou égal à 10% ont trois fois plus de risque.
De plus, cette valeur pronostique qui est obtenue par la mesure du gain de poids est "universelle", ce qui veut dire qu'elle est valable quels que soient le sexe de la personne, le stade clinique de la maladie lors de l’initiation du traitement antiviral, le taux de CD4 en début de traitement et même le type de traitement.
D’après cette étude, des analyses plus poussées seront engagées chez les patients ayant un gain de poids faible ou insuffisant au bout de 3 à 6 mois de traitement, cette insuffisance pouvant dissimuler la présence d’une maladie opportuniste comme la tuberculose, qui est l'une des principales causes de décès chez les patients séropositifs dans les payspauvres. Un trop faible gain de poids peut aussi indiquer une mauvaise compliance du patient au traitement ARV.
Les auteurs souhaitent que des études complémentaires soient faites dans d’autres pays pour confirmer que ces résultats pourraient être généralisés à d’autres lieux.
Sources :
Institut Pasteur/ “Weight gain at 3 months of ART is strongly associated with survival: evidence from two developing countries”. AIDS, 10 avril 2009
Yoann Madec (1), Elisabeth Szumilin (2), Christine Genevier (2,3), Laurent Ferradini (2,4), Suna Balkan (2), Mar Pujades (5), Arnaud Fontanet (1)
1 Unité d’Epidémiologie des Maladies Emergentes, Institut Pasteur, 25-28, rue du Docteur Roux, 75015 Paris, France
2 Médecins Sans Frontières, 8 rue Saint Sabin, 75011 Paris, France
3 Médecins Sans Frontières, Nairobi, Kenya
4 Médecins Sans Frontières, Phnom Penh, Cambodge
5 Epicentre, 42 bis boulevard Richard Lenoir, 75011 Paris, France.



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