La crise aux Antilles pousse Marie-José Pérec à sortir de son silence. Elle déplore que le président de la République «n'a pas eu un mot pour eux (...) Tous ont le sentiment d'être délaissés, méprisés.». Le constat est juste. Après une grève sauvage à la gare Saint-Lazare à Paris, le président français est intervenu publiquement pour dire sa colère. Plusieurs semaines de grève générale auraient dû attirer son attention et lui faire dire quelques mots.
Loin des yeux, loin du coeur, loin des esprits ? Le pouvoir français que l'on pressent inquiet d'un mouvement social qui attend son moment en Hexagone n'a pas accordé grande attention à la contestation puissante et organisée qui s'est installée en Guadeloupe et en Martinique contre «l'exploitation outrancière». Plusieurs semaines après le début de la grève générale, puissamment suivie par la population, le chef de l'Etat français, Nicolas Sarkozy, est passé à la télévision pour rassurer les Français, inquiets à juste titre des effets de la crise économique mondiale. Au cours de cette intervention, il a totalement ignoré ce qui se passe dans les Antilles. Une erreur d'appréciation qui a eu pour effet d'attiser la colère des grévistes.
Une sportive de la région, Marie-José Pérec, a relevé que le président de la République «n'a pas eu un mot pour eux (...) Tous ont le sentiment d'être délaissés, méprisés.». Le constat est juste. Après une grève sauvage à la gare Saint-Lazare à Paris, le président français est intervenu publiquement pour dire sa colère. Plusieurs semaines de grève générale auraient dû attirer son attention et lui faire dire quelques mots. La situation paraît paradoxale pour un président hyperactif dont la stratégie consiste à occuper constamment le terrain. A force de concevoir la politique comme une occupation permanente des médias, le chef de l'Etat français et une bonne partie de la classe politique n'ont pas vu venir la lame de fond de la contestation.
Le fait que les médias français n'aient accordé que peu de place à la crise aux Antilles durant les premières semaines explique en partie cet apparent autisme à l'égard de la contestation menée par une cinquantaine d'organisations syndicales et civiles regroupées au sein du LKP (Lyannaj Kont Pwofitasyon). Même à gauche, on ne semble pas avoir immédiatement perçu la nature profonde du mouvement. Depuis, la classe politique française tente tant bien que mal de se rattraper. Le gouvernement français de droite découvre qu'il n'a pas de relais politique sérieux dans les Antilles tout en répugnant à imposer au patronat de répondre à des exigences légitimes dont une augmentation de 200 euros pour les bas salaires. A gauche, on se rattrape plus fortement. Des personnalités comme José Bové, Olivier Besancenot et même Ségolène Royal sont allées sur le terrain apporter un soutien à un mouvement profond et original.
Les médias eux également se sont rattrapés et confirment en général le constat fait par José Bové de la persistance d'un «ordre néocolonial» et d'une «politique d'économie de comptoirs qui se fait au détriment de la population». Et pour rester dans son rôle, le Figaro vitupère contre le leader du mouvement, Elie Domota, qu'il accuse de «manier l'invective et l'intimidation» et «d'attiser la colère des déshérités». On n'est pas loin de l'appel à réprimer. A l'évidence, les Antillais en colère et en rupture qu'on feignait d'ignorer s'imposent. Il y a comme une crainte que les Antillais ne contaminent par leur combat, aussi bien social que politique, un Hexagone où le climat social est sombre.



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